« Le Dr Charles Roux a noté trois étonnantes
prémonitions faites par trois somnambules
différentes à une même personne. (Notons que
somnambule est le terme ancien utilisé pour
« voyante »). Mme A., femme du Dr A., par hasard trouva une
somnambule qui lui dit : « Dans peu de temps, vous aurez un grand deuil, une catastrophe dans
votre famille ». Un peu troublée, elle alla voir une
seconde somnambule, qui lui dit: « La maladie de
vos enfants (de votre fille), va se produire d’ici
peu : douleurs dans le ventre; elle sera opérée,
mais elle guérira ». La troisième somnambule, à qui Mme A. remet son gant, dit: « Ce gant a été touché par une personne qui est très malade, qui sera très malade. Le ventre est atrocement douloureux; c’est une douleur diffuse, il y a du pus, c’est une péritonite, mais elle guérira ».
De fait, dix jours après cette dernière prédiction,
la fille de Mme A., âgée de quinze ans, qui était en
parfaite santé, est brusquement atteinte de
péritonite suraiguë. Il faut l’opérer presque
immédiatement, et on trouve du pus
(pneumocoque) dans le péritoine. Malheureusement, contrairement à la prédiction,
la pauvre enfant mourut. »
Commentaire :
Le Dr. Roux était un médecin réputé. Cet
exemple est particulièrement intéressant du fait
que les trois somnambules – médiums qui, à
l’époque, entraient en transe hypnotique ou
médiumnique lors de leurs « séances » – donnent
des prédictions qui présentent à la fois des
similarités et des différences, et contiennent un
mélange d’élements justes et de détails
manquants ou faux.
La première prédit avec justesse le deuil, mais ne
donne pas de détails sur sa cause. La seconde et
la troisième spécifient très précisément la
maladie, mais prédisent une guérison qui
n’adviendra pas. Enfin, la première et la seconde
décrivent le lien familial et informent de
l’imminence du problème (alors que la troisième
hésite et reste vague sur ces points).
Il faut malgré tout savoir que le recoupement
entre deux et parfois trois médiums n’est pas
forcément le garant d’une prédiction qui va
se réaliser (on a vu des cas, rares, où la
prédiction ne se réalisait pas malgré les
recoupements).Ce cas nous donne un aperçu de la complexité
de la voyance : tous les détails donnés ne
sont pas forcément justes, même si certains sont
d’une précision effarante.
De plus, dans une suite de prédictions qui
devraient se dérouler dans le temps, le fait que
certains éléments se passent comme prédit ne
signifie pas que les autres vont obligatoirement
se dérouler selon la prédiction.
Référence :
Richet, Charles (1922): Traité de
métapsychiqueLe mot métapsychique fut suggéré pour la première fois par M.W. Lutoslawski dans un écrit polonais : Wyklady Jagiellonskie, à Cracovie en 1902, pour désigner des notions assez différentes de celles de Charles Richet. En effet, lorsque celui-ci, dans son adresse présidentielle à la Society for Psychical Research, en 1905, présenta ce mot, il fut, dit-il, unanimement accepté. Quentendait-il par métapsychique ? De même quAristote avait intitulé son chapitre sur les grandes lois de la nature qui dépassent les choses physiques : meta ta fusica, métaphysique, de même il nomma métapsychique la science qui, dépassant les choses de la psychologie classique, étudie des faits qui "paraissent dus à des forces intelligentes inconnues", humaines ou non humaines, "en comprenant dans ces intelligences inconnues les étonnants phénomènes intellectuels de nos inconsciences". Bref, la métapsychique est, dit-il : "La seule science qui etudie des forces intelligentes". Doù résulte logiquement sa distinction entre la métapsychique objective qui "mentionne, classe, analyse certains phénomènes extérieurs perceptibles à nos sens, mécaniques, physiques ou chimiques, qui ne relèvent pas des forces actuellement connues et qui paraissent avoir un caractère intelligent", et la métapsychique subjective qui étudie des phénomènes psychiques non matériels tels que la lucidité, cette mystérieuse faculté de connaissance quil attribue à une sensibilité dont la nature nous échappe et quil propose dappeler cryptesthésie. Ces deux aspects, objectif qui étudie des forces et subjectif qui étudie des phénomènes psychiques, se retrouvent dans la définition générale que Charles Richet donne de la métapsychique : "La science qui a pour objet des phénomènes, mécaniques ou psychologiques, dus à des forces qui semblent intelligentes ou à des puissances inconnues latentes dans lintelligence humaine ". Aujourd'hui le terme de métapsychique est a peu près synonyme de celui de parapsychologie.. Paris, Felix Alcan (p 460).